Saint-Malo, festival étonnants voyageurs, dimanche 4 juin 2006. Nicolas Lefrançois abandonne quelques instants son stand et nous raconte son expérience de petit éditeur indépendant. Il s’exprime sans concessions sur ce qu’il appelle le « talon d’Achille » du métier : la diffusion. Nicolas dirige Zoom éditions, une maison d’édition localisée au Luxembourg, spécialisée dans les livres pour enfants et plus particulièrement les ouvrages bilingues. Il diffuse dorénavant lui-même son catalogue.
Comme êtes vous devenu éditeur indépendant ?
J’ai
d’abord fait un Deug de sciences éco… mais ça m’a tellement déplu que
je suis parti faire les beaux-arts, puis, je suis devenu libraire. Ma
femme était également libraire dans un gros groupe, nous avions tous
les deux des formations de plasticiens et ça nous titillait de faire du
livre. Pas spécialement des illustrés d’ailleurs. Enfant, j’étais déjà
très attiré pas le livre didactique. Comme ma femme est italienne, nous
étions sensibles au bilinguisme. Nous connaissions pas mal
d’enseignants. Ils me disaient qu’il n’y avait pas de support pour
l’apprentissage des langues en primaire. On a donc tout d’abord
réfléchi avec eux à des petits livres de poche, pas chers et
manipulables facilement par l’enfant, juste pour le sensibiliser à la
langue étrangère. Pour l’ensemble de notre catalogue, notre
problématique est que les enfants lisent, et il faut trouver des
subterfuges pour qu’ils le fassent.
Zoom Editions a été crée le 2 novembre 2001. Nous sommes deux personnes à y travailler : ma femme et moi. Ma femme s’occupe de la maquette et de la mise en page et moi de la commercialisation. A deux, ça demande beaucoup de travail mais c’est soit ça et on survit, soit on disparaît… Malgré la difficulté, j’aime beaucoup ce que je fais. C’est une véritable hantise d’arrêter… Il est vrai que si la famille ne nous avait pas aidé, avec tous les problèmes de diffusion que nous avons eu… Zoom n’existerait plus.
Vous publiez combien de livres par an ?
Avec
notre collection bilingue c’est difficile à dire puisque nous retirons
beaucoup. Parfois le budget des nouveautés part dans les retirages de
cette collection dont nous ne pouvons nous passer. Nous en vendons 15 à
20 000 par an, mais maintenant on tire un peu plus large les bilingues
pour avoir un peu plus de marge. Sur ce salon par exemple, ce que nous
vendons le plus ce sont les bilingues.
Globalement nous sommes les seuls à faire ce genre d’ouvrage. Maintenant Milan fait des revues, mais pas de livres. Ce n’est pas toujours bien accepté par les libraires. Certains considèrent qu’il n’y a pas de marché… mais ils en vendent ! Il y a certains libraires en Alsace ou dans le Sud qui les achètent par 60. Ils me disent qu’ils ne les aiment pas… mais ils les vendent ! Je ne veux pas réduire mon activité à cela, mais c’est ce qui tient ma boite…
Comment êtes vous arrivé à l’autodiffusion ?
Le
gros problème de l’édition c’est la diffusion. Je connais de nombreux
éditeurs qui ont arrêté leur activité à cause de problèmes de
diffusion. Après moult déboires de diffusion, j’ai décidé de promouvoir
seul mon catalogue en démarchant les libraires indépendants et les
écoles. Ça nous a aidé à survivre. J’ai constitué un réseau privilégié
de libraires, plus particulièrement de libraires spécialisés jeunesse
comme le réseau Citrouille, mais d’autres également. On a donc
suivi les conseils d’autres éditeurs jeunesse comme le Poisson
soluble qui a toujours refusé de se faire diffuser, et ça marche très
bien.
Maintenant, il est hors de question de retourner chez un diffuseur, nous sommes très contents des relations que nous avons établies avec les libraires. Nous avons maintenant certes des mises en place plus petites mais quasiment pas de retours et la durée de livre est plus grande.
Les libraires vous connaissaient déjà ?
Oui,
car au départ j’ai été diffusé quatre ans par trois diffuseurs. Mais
depuis que je démarche moi-même, je me suis rendu compte que nous
n’étions pas bien mis en place, certains libraires ne connaissaient pas
notre collection bilingue, ce qui marche le mieux chez nous.
Avec les petits libraires de province, ça se passe très bien, et finalement les petits il y en a plein. Nous leur faisons de bonnes conditions : 38% de remise et quand ils acceptent un dépôt nous descendons à 35%. Pour l’instant ça ne se passe pas trop mal et certains petits libraires préfèrent même. En revanche, c’est très difficile avec les libraires parisiens. C’est même la galère…
Et les gros groupes ?
Les
gros groupes comme Forum, Privat, Majuscule et la Fnac, nous ne les démarchons
pas. D’expérience, ça ne sert à rien. Nous répondons juste aux commandes. D'ailleurs, la Fnac, ce ne sont pas des
libraires, ce sont des usines à gaz qui vous commandent 50 livres et
vous en retournent 49 une semaine après dans un état lamentable ! Quant à Virgin, ils ne veulent pas nous référencer… comme le
Furet du Nord et Gibert d’ailleurs.
Démarcher vous-même doit représenter un travail énorme ?
Oui
! Et surtout beaucoup, beaucoup de route. Au point de vue logistique,
c’est un travail énorme. Il faut se constituer un réseau. Je prends
d’abord contact avec les libraires et ensuite nous travaillons par
office. Je leur envoie les bonnes feuilles par mail et ils nous les
renvoient les quantités qu’ils veulent en dépôt ou en achat, pour nous
c’est beaucoup plus intéressant.
Note : Office : les nouveautés sont directement envoyées au libraire sans qu’il les commande auparavant.
Vous travaillez sur toute la France ?
Oui,
nous sommes référencés chez Dilicom et Electre. Nous recevons des
commandes de partout, le fait d’avoir été auparavant diffusé nous a
permis tout de même d’être connu sur tout le territoire, donc
maintenant les libraires commandent nos livres directement, on
travaille par Pro forma et ça marche.
Note : Pro forma : une facture que l’on envoie avant la livraison.
Vous participez à beaucoup de salons ?
Pas
celui de Paris. On fait surtout des salons en province, mais beaucoup
de salons sont, comme celui de Paris, des énormes machines à livres et
nous n’y avons pas notre place. De gros éditeurs sont présents avec
beaucoup d’auteurs en dédicaces et nous nous ne faisons rien. Je
préfère les petits salons.
Vous faites un important service de presse pour vos nouvelles parutions ?
On
cible bien maintenant. Au début on faisait des envois plutôt
pléthoriques, c’est à dire une centaine d’envois, mais ça a payé. On a
parlé de nous au 13/14 de France Inter. Le Figaro nous a également
consacré des articles. On a pu constater un impact sur les ventes,
surtout après le 13/14… mais le drame c’est qu’à ce moment là nous
étions diffusés par le Passevent qui se cassait la figure… nos
livres n’étaient donc pas en librairie, mais on a reçu 300 bons de
commande au bureau dans la semaine qui a suivi l’émission ! Donc si
nous avions eu une bonne mise en place on aurait pu encore augmenter
nos ventes.
Par contre on passe très souvent sur les maternelles de France 5 et là ça ne provoque aucune vente supplémentaire. Maintenant nous faisons des envois minimum a la presse, nous en adressons surtout aux associations de bibliothécaires et là ça marche, ils font rapidement des ressentions, ils en parlent dans leur réseau et là on voit les commandes arriver.
Quant aux libraires, nous ne leur faisons jamais de service de presse. Les libraires ont la faculté de retour, donc s’ils veulent un livre ils le payent, on leur remboursera après… Il nous est arrivé d’en faire, mais ils les vendent. Je ne trouve pas cela très fair play.
Vous vendez par le biais de votre site Internet ?
Très
peu. Nous recevons quelques commandes, mais comme nous sommes en train
de constituer un réseau de petits libraires qui vendent nos livres,
nous préférons que les gens passent par eux et suivent une chaîne du
livre.
Organisez-vous des signatures pour vos auteurs ?
Nous
ne sommes pas assez connus pour faire des signatures. Faire déplacer un
auteur pour une signature durant laquelle il ne se passera rien, c’est
frustrant pour l’auteur et pénible pour le libraire.
Vous ne voulez pas devenir diffuseur ?
Non
parce qu’on ne parle jamais aussi bien des livres que lorsque c’est les
siens. Lorsque je regarde les maisons qui se diffusent toute seules
comme le Poisson Soluble ou la Compagnie Créative, le constat est
qu’ils sont très contents, ils ne sortent peut-être que trois ou quatre
livres par an, mais ils les vendent et ça suffit. On pourrait par
contre peut-être mutualiser la distribution. On en parle mais il faut
que l’on se mette d’accord et lorsqu’on commence à parler argent ça
devient très vite compliqué. C’est un projet qui peut être intéressant
mais nous n’en sommes pas encore là.
Vous avez un conseil à donner à de nouveaux éditeurs qui se lancent ?
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Rédigé par : louis vuitton | lundi 05 déc 2011 à 02:00
J’ai d’abord fait un Deug de sciences éco… mais ça m’a tellement déplu que je suis parti faire les beaux-arts, puis, je suis devenu libraire. Ma femme était également libraire dans un gros groupe, nous avions tous les deux des formations de plasticiens et ça nous titillait de faire du livre. Pas spécialement des illustrés d’ailleurs. Enfant, j’étais déjà très attiré pas le livre didactique. Comme ma femme est italienne, nous étions sensibles au bilinguisme. Nous connaissions pas mal d’enseignants. Ils me disaient qu’il n’y avait pas de support pour l’apprentissage des langues en primaire. On a donc tout d’abord réfléchi avec eux à des petits livres de poche, pas chers et manipulables facilement par l’enfant, juste pour le sensibiliser à la langue étrangère. Pour l’ensemble de notre catalogue, notre problématique est que les enfants lisent, et il faut trouver des subterfuges pour qu’ils le fassent.
Rédigé par : Cheap Air Jordans | mercredi 01 juin 2011 à 04:03